La nuit sera longue

par Catherine Gauthier

La Russie et le Protocole de Kyoto – Les critiques à l’égard du Canada et du Japon se sont multipliées au cours des derniers jours, mais on parle toujours peu du cas de la Russie. Pourtant, au même titre que les deux premiers pays, la Russie bloque fermement les négociations… et compte plusieurs années d’expérience à ce niveau.

Pour se remettre en contexte, il faut dire que la Russie s’était beaucoup impliquée depuis le Sommet de Rio en 1992. Le Protocole de Kyoto, dont l’objectif est de réduire de 6% les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux taux de 1990, ne concernait alors que les pays industrialisés et pour une période fixe (2008 à 2012). Ainsi, cet engagement était mineur pour la Russie qui avait, en 2003, des émissions de 30% en dessous des niveaux de 1990 en raison de l’effondrement de l’URSS et d’une grave dépression.

Malgré cela, l’idée de Kyoto ne faisait pas l’unanimité dans les politiques domestiques de la Russie. En même temps, comme la Russie représentait 17% des émissions globales, sa ratification était essentielle. Trois ans après la déclaration des États-Unis de se retirer de l’accord, la Russie a enfin ratifié Kyoto en 2004. C’est d’ailleurs ce qui a permis son entrée en vigueur en 2005.

À la fin de la même année, Montréal avait été l’hôte de la onzième Conférence des Parties. Les négociations s’étaient relativement bien déroulées et les parties s’entendaient. Nul ne se doutait que les négociateurs russes allaient faire prolonger les discussions du vendredi soir jusqu’au lendemain matin. C’est pourtant ce qui s’était produit, à la grande surprise de tous. Sous la pression, la Russie avait fini par se rallier à la communauté internationale.

Et la même histoire se répétera probablement ici, à Cancun. En effet, très tard hier soir, le négociateur russe Alexander Berditsky a affirmé que son pays s’opposait à une deuxième période d’engagement au Protocole de Kyoto. Les délégués à la conférence espéraient passer la nuit à résoudre un bon nombre d’enjeux, mais cette déclaration de la Russie a fait monter les tensions entre les pays développés et ceux en développement.

La Russie de même que le Canada et le Japon font désormais l’objet d’intenses pressions afin que ces pays supportent une deuxième période d’engagement sous Kyoto. Alors que le Japon et la Russie rejettent un Kyoto version 2, le Canada a tout simplement décidé d’être en désaccord (sur tout ou presque) et de se rabattre sur l’accord politique de Copenhague… comme l’ont fait les États-Unis.

Un accord à Cancun est crucial, car les pays en développement ont mis en garde les pays développés qu’ils n’allaient pas faire de compromis sans avoir de certitudes sur la suite du Protocole de Kyoto. Et on ne peut pas laisser de grands émetteurs de côté si on veut que cet accord soit effectif. Bref, la nuit de vendredi à samedi s’annonce longue, très longue.

Sur la photo, la Russie à la Conférence de Montréal. UNFCCC, 2005.

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