Le temps presse!

Nous voilà assis dans le salon de l’auberge à regarder la diffusion en direct de la plénière des segments de haut niveau, un nom sophistiqué pour dire que les ministres de l’environnement/présidents/premiers ministre s’adressent à la CdP16 pour présenter leur position par rapport aux négociations. À les entendre parler, ils ont tous le même message, chacun mentionne l’importance de contrer les changements climatiques. En pratique c’est une autre paire de manche. La mise en pratique de ces mesures est vue très différemment d’un pays à l’autre. Certains, comme le Canada, disent que tous les pays devraient être responsables de diminuer leurs émissions, d’autres disent que les pays développés doivent avoir une plus grande part des responsabilités, mais tout le monde dit qu’on doit les diminuer. Cette unanimité est difficilement reflétée dans les salles de négociations: de combien, de quelle façon, qui payera, etc? Se sont des décisions complexes avec beaucoup d’implications, surtout que toute décision doit être acceptée par consensus. Il est difficile de dire quel sera le dénouement dans les 36 prochaines heures…

Voilà que notre ministre de l’environnement vient de s’exprimer à son tour. Il a mentionné les États-Unis au moins une dizaine de fois. Et le mot Canada? Bien moins souvent. Comme un petit chien de poche qui ne réussit pas à prendre de décisions par lui-même. Notre ministre a aussi étalé les efforts du gouvernement fédéral (mais quels efforts?) pour réduire les émissions. En fait il a même dit que les provinces et les territoires avaient le vrai leadership! Pour quelqu’un qui n’est pas du tout au courant de la situation au Canada, ce discours semblait merveilleux, c’est certain, puisqu’il n’a pas mentionné que notre Sénat a éliminé notre seul projet de loi sur les changements climatiques… Mais il semblait faux ce discours, comme si le Canada avait besoin de prouver qu’il collabore lui aussi, alors qu’ici à Cancun il ne fait que s’isoler derrière les États-Unis dans les négociations avec sa position.

Depuis deux jours, les négociations se déroulent maintenant derrière des portes closes. La société civile est exclue de plusieurs négociations depuis que les ministres sont arrivés à Cancun… notre présence ralentirait les négociations. Depuis quand est-ce le peuple ralentit le progrès? Oui, on se questionne sur l’efficacité du processus des Nations-Unies. Mais détrompez-vous, on ne remet pas en doute l’importance de ce processus qui est essentiel malgré ses lacunes. Comprenez-moi bien, la Convention des Nations-Unies sur les changements climatiques est le seul endroit ou tous les pays discutent ensemble de cet enjeu qui est d’une ampleur internationale et qui doit donc être résolu par un effort international. Les Nations-Unies est le seul endroit ou les pays en voie de développement ont une parole égale aux plus gros joueurs, car tout ce fait par consensus. En effet, il serait impensable par exemple de donner au G20 la responsabilité de développer un accord sur les changements climatiques pour toute la planète, ce qui exclurait la voie des pays les plus affectés par les changements climatiques.

Je reviens donc à la position du Canada. Les négociations présentement sont au sujet de la deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto dont la première phase se termine en 2012. Le Canada jusqu’à présent affirme qu’il doit y avoir un nouvel accord international qui inclut tous les pays puisque ce n’est pas le cas avec Kyoto en ce moment. Sur ce point il a raison, Kyoto n’est pas parfait, mais c’est un premier pas. Si on arrête Kyoto maintenant tout sera perdu. Je vous explique pourquoi. Si les plus grands émetteurs comme le Canada se retirent de Kyoto sous le prétexte de vouloir négocier un nouvel accord, il est impensable que les pays en voie de développement acceptent cet accord. En effet, ces pays ne s’engageront pas à réduire leurs émissions (qui sont insignifiantes d’ailleurs) avant que les pays industrialisés le fassent. Et pour ce qui est des États-Unis, on doit continuer sans eux et ils se joindront plus tard. On ne peut plus attendre. Les scientifiques affirment que les émissions de CO2 doivent être stabilisées (donc ne plus augmenter) d’ici 2015 afin d’éviter une augmentation de la température qui aurait des conséquences irréversibles. Hier, des membres de notre délégation se sont entretenus avec le ministre de l’environnement du Canada. Rien à faire, il n’a des yeux que pour l’Accord de Copenhague.

Le Canada donne comme exemple à suivre l’Accord de Copenhague qui est issu de la CdP15 de l’an dernier. Mais voici le problème avec cet accord : il n’inclut aucune cible globale de réduction de CO2. Ces cibles sont basées sur une base volontaire. Imaginez, le Canada ne respecte pas ces engagements de Kyoto qui est un accord avec une valeur légale (donc avec des pénalités si non respecté), croyez-vous qu’il respectera des cibles volontaires? Et même si les pays industrialisés atteignent leurs cibles volontaires de Copenhague (17% sous le niveau d’émissions de 2005 pour le Canada) il est prouvé que ces réductions ne permettront pas de diminuer la concentration de CO2 dans l’atmosphère pour éviter le pire. C’est le qu’on appel communément le « gap », un gap de plusieurs gigatonnes de CO2 entre les cibles de réductions des émissions et ce qui doit réellement être réduit pour éviter pire.

Pour tenter de se tirer d’affaire et de se défaire de ses responsabilités, le Canada pointe le doigt à la Chine, qui est un pays en émergence. Mais rappelons-nous que le Canada ne représente qu’un peu plus que 2% de la population mondiale et est le 8e plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde. La Chine qui se développe également de plus en plus tente de prendre un virage vert en installant l’équivalent d’une éolienne par jour pour répondre à leur demande d’énergie grandissante. Le Canada a aussi réduit l’intensité de ces émissions de 20% entre 1990 et 2007 alors que la Chine à réduit la sienne de 40% pour la même période. Ici, je parle seulement d’intensité, soit le rythme auquel on pollue, car nos émissions totales de CO2 continuent tout de même à augmenter (27% de plus par rapport à 1990).

Voilà pourquoi on doit garder Kyoto. La température moyenne sur la terre a déjà augmentée de 0.8 degrés. On ne doit pas dépasser 1.5 degrés sinon les conséquences seront irréversibles. Les pays ont négocié pendant 10 ans avant de finalement adopter Kyoto. Rejeter Kyoto est l’équivalent de jeter à la poubelle 10 ans d’efforts et de négociations internationales. Nous ne pouvons pas attendre 10 autres années pour développer un nouvel accord. Souvenez-vous, les émissions doivent être stabilisées en 2015. Dans 5 ans. Le temps presse…

Ce matin, en collaboration avec nos alliés canadiens, une conférence de presse a été organisée pour souligner à notre gouvernement et à tous les médias canadiens l’importance de conserver Kyoto. Le message était là, la position du gouvernement ne représente pas l’opinion de la majorité de la population canadienne. Nous étions là, avec des représentants du parti libéral, du parti vert, du NDP, du bloc québécois, d’Équiterre, du RAC (Réseau Action Climat), de l’institut de recherche Pembina, avec un chef des première nations, un chef de syndicat. Monsieur le ministre, monsieur le premier ministre, le temps presse. On doit garder Kyoto.

Voici un video qui résume la conférence de presse de ce matin:

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