La Souverainté alimentaire en Haïti : Question de survie nationale

Marie-Marguerite Sabongui

Comme plusieurs de mes collègues délégués, j’ai participé à la marche de Via Campesina aujourd’hui. Via Campesina est une collective qui supporte et amplifie les voix des peuples indigènes, des fermiers, et des paysans. Près de deux mille personnes sont arrivées à Cancun il y a deux jours, avec des caravanes provenant de tous les coins des Amériques, de l’Amérique Latine au Canada; cette marche a été organisée par Via Campesina, pour amener ces peuples sous-représentés aux négociations internationales.

Et aujourd’hui, des milliers d’autres personnes se sont jointes à eux pour démontrer leur solidarité avec leur cause. Nous avons marché jusqu’au centre des conférences, dans la chaleur et dans les foules, pour signaler aux ministres des gouvernements qu’ils doivent prendre ces voix en considération – qu’ils ne peuvent pas sacrifier le bien-être des plus
démunis pour des intérêts économiques. C’est un principe qui me tient à cœur, mais en marchant aujourd’hui, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a rappelé pourquoi.  Jean-Jacques Henrilus est membre du comité exécutif de l’organisation « Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen » (Têtes collées des petits paysans Haïtiens) à Haïti. Il a voyagé ici avec dix de ses collègues de différentes organisations paysannes, pour lutter contre les multinationales d’organismes génétiquement modifiés (OGM) comme Monsanto, et pour la production paysanne.

Jean Jacques dit: « Nous, les paysans, nous sommes d’accord pour la souveraineté alimentaire, car c’est notre vie. Sans la souveraineté alimentaire, nous n’existons pas». Haïti souffre de problèmes économiques et de manque de nutrition graves, dans plusieurs secteurs de la population. Selon lui, puisque Haïti est un pays essentiellement agricole, « il faut faire développer l’agriculture paysanne, et c’est la seule possibilité pour que Haïti retrouve sa souveraineté alimentaire, et comme peuple aussi. Pour que Haïti devienne un pays souverain et un pays producteur. C’est notre seule chance. »

La multinationale Monsanto est le plus grand producteur d’OGM au monde. Au mois de juin dernier, Monsanto a donné 4 millions de dollars de semences à Haïti. Monsanto  a assuré que les semences n’étaient pas modifiées, mais hybrides. Tout de même, la majorité des fermiers dans le pays ont vu ce don comme une menace sérieuse à leur industrie. Les semences menacent la biodiversité des récoltes du pays, et pour Jean-Jacques «ce qui reste de (leur) environnement naturel. »

De plus, les semences Monstanto ne se reproduisent pas, et donc ne peuvent pas être réutilisées d’une saison à l’autre. Cela crée une dépendance dangereuse pour les payans déjà pauvres, qui devront acheter de nouvelles semences à chaque année. En outre, ces graines ont besoin d’engrais synthétiques et de pesticides que les agriculteurs haïtiens ne peuvent pas acheter. Selon Bazelais Jean-Baptiste, un agronome du Mouvement des paysans de Papaye, “les paysans haïtiens ont déjà des semences qui ont été développées au fil des générations, qui sont adaptées aux conditionslocales. Nous avons besoin de soutien pour les paysans, pour accéder aux semences traditionnelles qui sont déjà disponibles.”

Le 4 juin dernier, pendant une démonstration qui rassemblait près de 10,000 agriculteurs haïtiens, Jean Jacques et ses collègues ont brûlé des semences données par Monsanto pour envoyer un message clair : « les produits Monsanto et les produits OGM sont les ennemis de notre agriculture. »

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