L’idéologie aux négociations?

Aujourd’hui, le négociateur du Canada a discuté de manière distincte deux pays avec des positions fortes. Le Japon a déclaré son opposition à la continuation du Protocole de Kyoto. La Bolivie bloque un accord presque unanime pour un système de protection des forêts qui serait supporté par un marché de carbone. Selon le négociateur, la première position était basée dans des principes qu’il faut respecter, alors que la deuxième était une obstruction. Ce commentaire souligne le désintérêt du Canada en relation à la lutte contre les changements climatiques et au respect des droits des autochtones.

La déclaration par les japonais d’opposition à une nouvelle phase du Protocole de Kyoto après 2012 constitue l’action la plus décourageante qu’a poursuivi un pays à ces négociations. Le Japon offre au Canada : You can stand under my umbrella, ella, ella, ainsi permettant au Canada de cacher son opposition au renouvellement du Protocole derrière le ‘respect’ de l’opposition japonaise. Plusieurs pays en voie de développement et ONGs croient qu’on pourrait convaincre le Japon de changer d’avis, mais le Canada ne le croit pas possible.

Malgré son échec à sa première phase, lors de laquelle plusieurs pays ont augmenté leurs émissions au lieu de les diminuer (dont le Canada), le Protocole de Kyoto offre la base pour une structure éventuelle qui serait légalement contraignante et capable de protéger l’atmosphère. À sa place, le Canada et le Japon promeuvent l’Accord de Copenhague puisqu’il inclut les États-Unis. Mais en vérité, leur appui se base dans les faits que cet accord n’amène pas de contrainte légale et que ses cibles de réductions d’émissions de gazes à effet de serre sont plus ‘modestes’ –  lire suicidaire, puisque ces réductions limitées nous condamnerait quasi-certainement au réchauffement incontrôlable.

Il est certainement un problème que le Protocole de Kyoto n’inclut pas tous les émetteurs les plus importants, mais son cadre demeure la meilleure structure disponible pour contrôler les émissions. De plus, il n’inclut aucune obstruction à l’intégration d’états. Sans le renouvellement du Protocole, le monde n’aura aucune structure contraignante pour contrôler les émissions en 2012.

L’opposition bolivienne au « consensus mondial » pour le programme de Réduction des émissions de la déforestation et la dégradation (REDD+ à la CCNUCC) présente une situation peut-être un peu plus complexe. REDD+ cherche à assurer le financement de la protection des forêts tropicales à travers un marché. Presque 20% des émissions mondiales viennent de la déforestation et la dégradation des terres.

Des compensations de carbone sont censés permettre à un pays ou une entreprise d’annuler l’effet de leurs émissions de gazes à effet de serre en contribuant à réduire les émissions d’une autre source ou à retirer du carbone de l’atmosphère. Le moment qu’il y aura un prix ou une limite sur le carbone, les compensations de carbone seront essentielles aux pollueurs pour réduire les coûts de leurs émissions. Au fond, la protection des forêts deviendra une compensation de carbone. Les entreprises et les pays qui polluent payeront les pays en voie de développement dans le cadre d’un marché si les négotiations acceptent la forme de REDD+ actuellement proposée.

REDD+ est appuyée par plusieurs pays en voie de développement, qui considèrent le système comme étant une manière de générer du développement économique en protégeant l’environnement. Les pays développés perçoivent une opportunité de protéger des forêts et générer des opportunités économiques à travers la compensation de carbone. Le président bolivien, par contre, est un autochtone, Évo Morales, et les conséquences possibles sur les droits des autochtones sont  la faiblesse du programme de REDD+.

Les forêts tropicales font hôte à la majorité des personnes autochtones du monde. Dans ces régions, des cultures autochtones demeurent vives et protégées par l’isolation relative de l’économie mondiale. REDD+ n’offre aucune protection aux peuples autochtones. Le système pourrait propulser les autochtones dans l’économie mondiale, et enlever leur accès à leurs terres et à leurs pratiques traditionnelles.

Le Canada a récemment ratifié la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones, après des années de délai. Les délégués canadiens dénoncent l’opposition bolivienne basée sur « le rejet marxiste du marché ». Pourtant, au contraire du point de vue des délégués canadiens, la position bolivienne paraît se fonder davantage dans les principes que celle de Japon.

Ces deux défis pourraient se résoudre. Selon plusieurs ONGs, on pourrait convaincre le Japon de retirer sa position sur le Protocole de Kyoto, en particulier si on lui offre une manière ‘honorable’ de le faire. Cette analyse me paraît un peu naïve, par contre – pourquoi le Japon aurait annoncé une position si forte s’il n’y croyait pas fortement ? En ce qui concerne REDD+, il faudrait intégrer la Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones au texte. De plus, la CCNUCC devrait négocier avec les peuples autochtones de façon sérieuse pour créer un cadre qui respecte et honore leur rôle comme gardiens de la terre. On pourrait certainement améliorer REDD+.

On espère que le Canada a tort par rapport au Japon et la Bolivie. Les négociateurs sont conscients que les positions ne sont pas immobiles et il faut faire des compromis. Les négociateurs canadiens sont assurément conscients de ce fait, mais ils ne croient pas que le public le soit.

Ce soir, on a enlevé le umbrella des japonais. Les hôtes mexicains ont dit à une réunion publique que le Canada était parmi les pays qui s’opposaient à une nouvelle phase du Protocole de Kyoto aux réunions à huis clos. Leur position était déjà évidente dans nos rencontres avec eux, mais pas assez explicitement pour qu’on puisse le citer. On vient de prendre le Canada en flagrant délit, contre peut-être le composant le plus urgent des négociations. Ne soyez pas surpris que le Canada reçoive une autre fossile pronto.

Je crois que les membres du gouvernement canadien se préoccupent de l’avenir de leurs enfants, comme n’importe qui. J’espère qu’ils vont se réveiller très bientôt.

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