Les peuples autochtones et les changements climatiques Quels sont les enjeux

par Daniel T’seleie

Les peuples autochtones sont parmi les populations les plus affectées par les changements climatiques dans le monde. Les modifications du climat et de l’environnement naturel menacent la sécurité alimentaire de ces peuples en plus de contribuer à la perte de leurs cultures.

Pour beaucoup de peuples autochtones du monde (il y a des populations autochtones sur les six continents habités), la récolte des produits de l’agriculture, la chasse, la pêche et l’élevage se font encore seront des méthodes ancestrales.

Alors que les changements climatiques affectent les écosystèmes naturels, causent des migrations et des extinctions d’espèces et modifient les modèles climatiques (climat : précipitations, températures, etc.), les peuples autochtones perdent leur capacité d’approvisionnement en nourriture, pour eux-mêmes et pour leurs familles.

La perte de culture due aux changements climatiques est un impact aussi grave que l’insécurité alimentaire (bien que les deux soient intimement liés; la récolte de nourriture est très importante pour beaucoup de cultures indigènes). Les peuples indigènes ne pratiquent pas leur culture sur des pavés ou encore en lisant des livres. Ces cultures ont évolué suivant l’évolution des milieux naturels depuis des milliers d’années. Comme ces milieux sont rapidement altérés, perdus ou endommagés de manière irrémédiable en raison des changements climatiques, la pratique de cultures autochtones devient plus difficile.

Pensez-y un moment. Si, par exemple, on retirait tout à coup le mois de décembre du calendrier et qu’il n’y avait plus aucun moyen de célébrer Noël. Comment réagiriez-vous? Vous seriez certainement mécontent… et peut-être même affamé si les célébrations du temps des fêtes étaient un des seuls moyens d’obtenir de quoi manger!

Les peuples autochtones des quatre coins du monde ont été activement impliqués dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques depuis 2000, grâce au Forum international des peuples autochtones sur les changements climatiques. Cet organe est ouvert aux organisations des peuples indigènes qui souhaitent y participer. Les organisations peuvent également élire un participant aux différentes rencontres tenues par le Forum des peuples autochtones.

Les changements climatiques sont, et continueront d’être, dévastateurs pour les vies et les cultures des peuples autochtones. Il y est urgent de freiner cette crise. Cependant, les solutions proposées peuvent être autant destructrices du bien-être des populations indigènes que le sont les impacts des changements climatiques.

Considérons une situation hypothétique. Aujourd’hui, les changements du climat sont majoritairement causés par la combustion d’énergies fossiles telles que le pétrole, le charbon et le gaz naturel, qui rejettent du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Les arbres absorbent le dioxyde de carbone de l’atmosphère, et la déforestation rejette du carbone lorsque la matière végétale se décompose. Ainsi, certaines personnes ont suggéré que la solution aux changements climatiques est de nous assurer de ne pas couper toutes les forêts afin qu’elles puissent continuer à absorber le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Logique, non?

Pas vraiment. En fait, cela n’a aucun sens. C’est comme dire que l’on peut continuer à fumer  tant et aussi longtemps que l’on ne coupe pas une partie de nos poumons! Nous devrions au contraire cesser de fumer (et, s’il-vous-plaît, ne tentez pas de couper vos poumons!). Dans le cas des changements climatiques, la solution est de cesser la combustion de combustibles fossiles. Nous ne devrions pas essayer de trouver des excuses pour repousser à plus tard les efforts de transition vers des énergies (plus) propres.

Mais ce type de solution est pourtant considéré et étudié dans les négociations sur le climat de l’ONU sous l’acronyme REDD (réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation). Cela permettrait donc aux pollueurs du monde entier de continuer à polluer l’atmosphère en émettant du dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre… en autant qu’ils paient les pays afin qu’ils n’abattent pas leurs forêts (surtout dans l’hémisphère sud). Cela ne freinera pas les changements climatiques.

Le système sur lequel est fondé REDD ne résoudra pas tous les problèmes, et il est très offensant et insultant aux yeux de nombreux peuples autochtones. Le milieu naturel n’est pas une marchandise que l’on achète et que l’on revend! Les compagnies riches n’ont pas le droit « d’acheter » une forêt quelque part dans le monde afin de pouvoir continuer à polluer. Ce type de fausse solution (il y a en d’autres aussi) a été qualifié d’une sorte de « colonialisme du carbone ». Ces solutions portent atteinte aux droits de l’Homme des peuples autochtones en leur enlevant leurs terres, en les détruisant, ou en les vendant au plus offrant. Les effets sont semblables à des formes traditionnelles du colonialisme qui ont, par le passé, poussé les populations autochtones hors de leurs terres, ou encore qui les ont détruit totalement.

Qui plus est, si on se fie à notre gros bon sens, couper toutes nos forêts est une très mauvaise idée!

Le Réseau environnemental autochtone a été actif dans le processus de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques depuis des années, et une grande partie de son travail a été de sensibiliser et de mobiliser la population pour contrer les fausses solutions.

Après l’échec des négociations de Copenhague l’an dernier, une conférence des peuples du monde a été organisée à Cochabamba, en Bolivie, plus tôt cette année (avec une participation significative des peuples indigènes). Ce sommet s’est conclu par un accord entre les peuples sur les changements climatiques comprenant des solutions plus conformes à leur vision du monde que toutes les autres négociations sur le climat sous l’égide des Nations Unies.

Armés de l’accord des peuples de Cochabamba, les peuples indigènes de l’Amérique latine et du monde entier se rendront à Cancun le mois prochain dans le but de protéger leur culture, leurs terres et leur vie. Lisez le CO2tidien pour des nouvelles et des appels à la mobilisation citoyenne. Nous serons aussi impliqués à l’extérieur du centre de conférence qu’à l’intérieur.

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